Le Bas-Vendômois historique et monumental

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Le Bas-Vendômois historique et monumental

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Val de l'Anille - Saint-Calais 

(extrait)

Saint-Calais

 

 La ville de Saint-Calais doit son origine à l’Église et à la féodalité. 

Son histoire, comme celle de la plupart des cités établies au moyen-âge, est celle du Monastère et du Seigneur à l’abri et sous la protection desquels elle a pris naissance. 

L’Abbé Jehan Thibergeau, dans son « Livre Censier » de l'an 1391, l'appelle son Bourg ; Jehan de Bueil la désigne sous le nom de « Ville de Saint-Karles, » dans son aveu du 25 octobre 1465. 

La ville actuelle forme, pour ainsi dire, deux villes en une. 

C’est d’abord le Bourg, appuyé sur le versant de la colline, puis, la ville du XVIIIe siècle, formant une zone de maisons sans cesse grandissante, qui occupe toute la rive droite de l’Anille. 

L’Anille, on le devine, est une petite rivière, ou plutôt un ruisseau, qui traverse en dormant la ville de Saint-Calais, dont le nom primitif fut Anisola. Mais l’hiver parfois, cette petite rivière, partie des Trois-Fontaines, au nord de Montaillé devient vraiment terrible : elle a une histoire toute pleine de débordements. En 1805, par exemple, c’était au mois de janvier, elle s’éleva à plus de cinq pieds, dans certaines habitations des rues du Gautray et du Dauphin, et couvrit entièrement la grande place. 

Les rues montueuses du Bourg, ne sont pas même des rues, mais des chemins tortueux, caillouteux, fort irrégulièrement tracés, au milieu de pauvres demeures : on dirait une bourgade oubliée là depuis le moyen-âge. 

Le nouveau quartier, établi dans l’enclos de l’Abbaye, se présente sous un aspect des plus agréables, avec ses quais, sur le bord du canal de l’Anille, sa grande place carrée où viennent aboutir plusieurs belles rues, sa Halle monumentale, et son champ de foire, ombragé par de grands arbres. 

 

LE CHÂTEAU

 

Sur le dernier échelon des rues-escaliers du Bourg, se dressent les ruines d’une forteresse, à peu près telle qu’elle dut être au lendemain de sa destruction. 

Cette forteresse donne une parfaite idée du système de fortification en usage au XIe siècle. 

Elle occupe le sommet d’une espèce de cap, d’accès très difficile, formant un plateau élevé entre deux vallons, celui de Galerne au Sud-Est, celui de l’Anille à l’Ouest. 

Aux moyens-naturels de défense qu’offrait cette position, on avait ajouté un fossé large et profond, entourant de toute part l’ensemble de la forteresse. 

Il est difficile de juger des proportions anciennes de ce fossé dans l’état où il est aujourd’hui. Les éboulements de terrain doivent surtout en avoir bien diminué la profondeur, qui est encore de 6 m. sur 30 de largeur. 

La Motte conique artificielle sur laquelle avait été construit le donjon, est remarquable par ses dimensions. Son périmètre, à la base, est de 210 m. sur 11 de hauteur au-dessus du sol environnant. Le sommet offre encore une largeur de 26 m., malgré la diminution considérable qu’il a subie, ayant été entamé pour combler le fossé du côté du Nord. 

L’enceinte extérieure, à l’Ouest, renfermait la Basse-Cour, où se trouvaient les dépendances de la forteresse : magasins, écuries, quelques logements, une mare et des citernes. La seconde enceinte, occupée par la Motte du donjon, était plus élevée et de forme circulaire. Ces deux enceintes, mesurant, chacune, soixante-cinq ares environ, se confondaient au Nord et à l’Est, parce que là, les escarpements naturels et les fossés profonds de l’enceinte intérieure, paraissaient une défense suffisante. 

Une forte muraille, s’élevant en talus fort roide, formait le bord intérieur du fossé continu et achevait de protéger cette formidable enceinte. On entrait dans la place, au moyen d’un pont léger, porté sur des piles. Ce pont, facile à enlever au besoin, offrait l’avantage de rétrécir le passage, et même, en cas de siège, de l’intercepter tout-à-fait. Au-delà du fossé, à la tête du pont, se trouvait la porte du château, placée dans un massif épais, formé par deux tours, et protégée par une herse. 

 

L’état actuel du donjon, démantelé ou plutôt presque entièrement démoli, dans la première moitié du XVIIe siècle parle à l’imagination bien plus par sa position imposante et pittoresque, que par le souvenir de faits remarquables. 

Comme dans toutes les forteresses les plus anciennes, l’étendue et les dimensions du donjon de Saint-Calais, étaient proportionnées à celles de l’enceinte dont il complétait la défense. 

Ses moyens de résistance étaient fondés, moins sur le nombre des combattants, que sur la force et la hauteur de ses murs. La maîtresse-tour, située au couchant, avait son escalier disposé de manière à ne point rétrécir l’aire des appartements intérieurs. Il était renfermé dans une tour carrée, de forme circulaire à l’intérieur, accolée au donjon. L’épaisseur de l’enveloppe de cet escalier, encore visible, était moindre que celle des autres murs, étant placé sur le point où les machines étaient le moins à craindre. 

La seule tour restée debout, paraît avoir été spécialement destinée à servir d’observatoire ou de guette, selon l’expression du temps. Elle est de forme carrée et protégée à la base, par trois contreforts d’une grande épaisseur, ceux des côtés surtout. Cette tour, dont la hauteur à dû être considérable, ne s'élève plus qu'à 11 m. environ du sol. Or, comme on peut dire que la hauteur d'une tour, ajoutait à la force des ouvrages voisins, sa présence à l'angle saillant du donjon, à l'Est, s'explique suffisamment. La grande épaisseur de ses murs, prouve d’ailleurs qu’elle avait un rôle dans la défense matérielle de la place. 

Le rez-de-chaussée consiste en un puits profond dont la surface brute des murs et l’absence totale d’ouvertures, si l’on excepte quelques trous carrés pratiqués à l’Est, dans le but de donner un peu de jour et d’air, laisse supposer qu’il dut servir de cachot au besoin. 

Un couloir voûté, pratiqué dans l’épaisseur du mur, mettait cette tour en communication avec le second étage du donjon. À quelques mètres au-dessus, des corbeaux saillant à l’intérieur, révèlent l’existence du plancher d’un premier étage et d’un escalier conduisant au sommet de la tour, couverte en terrasse. Cet escalier n’était du reste éclairé que par une meurtrière, percée au Sud-Ouest, fort étroite à l’extérieur et s’élargissant au-dedans, de manière à donner un demi-jour, sans compromettre la sûreté de la place. L’étage supérieur était affecté au guet et au combat. Comme dans beaucoup d’anciennes forteresses, on peut observer, dans la maçonnerie des murs de cette tour, un vide ménagé à dessein, formant une sorte de tuyau étroit, dont la destination est encore très-problématique. Peut-être faut-il y voir un conduit pour la voix, destiné à établir une communication entre les personnes placées à différents étages. Cette hypothèse se soutient avec d’autant plus de vraisemblance, que ce tuyau, partant du point le plus élevé de la tour de guette, oblique légèrement au Nord, vers le donjon. Un souterrain débouchant au bas de la rue des Salins, mettait le château en communication avec la ville, et donnait les moyens de quitter la place, lorsqu’il était devenu impossible de la défendre. La vue seule de la porte cintrée et de la voûte de ce souterrain, fermé actuellement à 10 m. environ de son entrée, montre qu’il doit être de la même époque que la forteresse. Ce sont les mêmes matériaux, le même genre de maçonnerie. 

L’époque de la construction du château-fort de Saint-Calais est bien connue. 

Au commencement du XIe siècle, Guillaume, Seigneur de Saint-Calais, voulant élever son donjon (Castellum), en sollicite l’autorisation auprès d’Herbert Éveille-Chien, comte du Maine, qui la lui accorde. 

Mais, afin d’avoir la sanction de l’abbé de Saint-Calais, il abandonne, dit une Charte du temps, « à Dieu et à Saint-Calais ses maisons, son verger, ses places et tout ce qu’il possédait sur Saint-Pierre avec les droits qu’il percevait sur la rivière d’Anille ; en outre, il donne aux Moines sa terre de Montjoye, avec les moulins et les prés en dépendant.»[3]

L’abbé, de son côté, lui donne en retour « cent sous, un pallium d’un grand prix, valant trente livres, avec de l’or. » 

Cette transaction, qui n’était, en réalité, qu’une restitution de biens faite à l’Abbaye, prouve d’ailleurs que Guillaume n’était pas le premier Seigneur de Saint-Calais, comme on l’a cru jusqu’à ce jour. 

 

La Maison des seigneurs du nom de Saint-Calais, paraît avoir subsisté jusqu’à la fin XIIe siècle. 

La Châtellenie de Saint-Calais était possédée en 1230 par Geoffroy IV, Vicomte de Châteaudun, qui testait le 12 juin 1248. 

Elle passa successivement dans les Maisons de Dreux, de Clermont, de Flandre, d’Amboise, de Tucé, de Trie et de La Rivière. 

Charles de La Rivière et Blanche de Trie, son épouse en firent l’abandon définitif à Jehan IV, sire de Bueil et de Château-Fremont, vers l’an 1400. 

Antoine de Bueil, Comte de Sancerre, grand chambellan de France, céda lui-même sa Châtellenie de Saint-Calais, en 1490, à François de Bourbon, Comte de Vendôme. 

Par Lettres patentes du 14 mai 1484, Charles VIII unit cette Châtellenie au Comté de Vendôme et la sépara de celui du Maine, voulant qu’elle fût désormais dans la mouvance directe de la Couronne. 

Au mois de février 1515, le Comté de Vendôme, avec la Baronnie de Mondoubleau, les Châtellenies de Lavardin, Montoire et Saint-Calais, fut érigé en Duché-pairie sous le titre de Duché de Vendômois. 

Par l’avènement de Henry IV au trône, le Duché fut réuni à la Couronne. Mais, ce prince voulant pourvoir à l’établissement de César, son fils légitimé, le créa Duc de Vendômois et le mit en possession de toutes les seigneuries attachées à ce titre (3 avril 1598), moins la Baronnie de Montdoubleau, vendue à François d’Escoubleau, en 1593, et la Châtellenie de Saint-Calais, donnée cette année même, par Lettres royaux du 17 décembre, à Jehanne de Montmorency, « avec faculte touteffoys de rachapt ou remere perpetuel. » 

À la date du 9 avril 1601, Jehan de Beauxoncles, Marquis de Bourguérin, chevalier de l’Ordre du Roi, cédait la châtellenie de Saint-Calais, « sans en rien excepter, » comme père et tuteur naturel des enfants mineurs issus de son union avec feu Jehanne de Montmorency, à « Me Denis Sueur tuteur comptable, trésorier et recepueur des Maison et finances de Monseigneur Caesar, Duc de Vendosme, ce acceptant par Ordonnance de son conseil, pour le prix et somme de cinquante mille liures paye comptant. »

À la mort de Louis-Joseph de Vendôme, Duc de Mercœur, de Beaufort, etc., Premier Prince du sang, Grand-Sénéchal de Provence, le 11 juin 1712, les seigneuries cédées à son aïeul, retournèrent à la Couronne. 

En 1771, elles firent partie de l’apanage de MONSIEUR, qui depuis a régné sous le nom de Louis XVIII. 

 

 

L'ABBAYE

 

Dès le premier siècle de notre ère, le domaine sur lequel fut fondée la royale Abbaye de Saint-Calais, était possédé en toute propriété, par le Duc païen Gaianus, « homme riche et puissant entouré d’une nombreuse famille d’esclaves et de serviteurs de tous rangs, suivant les exigences du luxe romain. » 

Ce domaine, couvert d’une vaste forêt, avait été adjugé au fisc domanial, vers la fin du Ve siècle. 

C’est dans cette solitude profonde que l’Ermite Karileph, accompagné de Daumer et de Gall, vint jeter les fondements de l’une des plus grandes existences monastiques des temps Mérovingiens. 

Le Roi mérovingien Childebert Ier, pendant son séjour à sa ferme royale de Matovall [Bonnevau], voisine du cloître de Karileph, ayant eu occasion d’apprécier les grandes vertus de ce serviteur de Dieu, lui fit don d’une vaste portion de territoire, prise sur son fisc. 

Cette donation, d’une richesse peu commune, comprenait la totalité, ou une partie quelquefois peu considérable, des communes de Marolles, Saint-Calais, Savigny-sur-Braye, Saint-Gervais-de-Vic, Sainte-Cérotte, Montaillé, Ecorpain, Coudrecieux, Semur, Conflans, Vallennes, Rabay et la partie de Sargé, en-deçà de la Braye, c’est-à-dire, une circonscription de 56 kilomètres et une superficie de près de 25 000 hectares. 

L’établissement d’une abbaye avait, au VIe siècle, une haute importance. La plupart de ces maisons religieuses devenaient des cités complètes. Celle de Saint-Calais fut bientôt une Ecole célèbre, une Maison de fervents Apôtres, un Hospice pour les pauvres. 

Au IXe siècle, l’abbaye de Saint-Calais, comme la plupart des Sanctuaires les plus vénérés du Maine, devenait la proie des pirates Scandinaves ou Northmans [Nordmen, Normands], qui, enhardis par l’impunité, se jetaient avec une brutale férocité sur nos plus belles provinces. 

Ce fait est attesté par le Cartulaire de l’Abbaye, où il est dit : « que ces Barbares incendièrent le Monastère après l’avoir livré au pillage. » 

Cette guerre de déprédations, qui avait interrompu presque toutes les relations de la vie sociale et politique, ne dura pas moins de soixante ans. L’Abbaye eut beaucoup de peine à se relever des malheurs de cette invasion désastreuse. Pendant plus d’un siècle, on voit en effet les Religieux, avec une infatigable persévérance, se livrer à leur grand œuvre de restauration. Un cloître, une somptueuse basilique, de vastes bâtiments s’élevèrent sur le sol déblayé de l’antique monastère. 

L’art chrétien se jouait alors au milieu des merveilles qu’enfantait son génie, et la foi savait élever comme par enchantement ces magnifiques édifices, objets d’une saisissante admiration. 

Sous l’épiscopat d’Hoël, l’Abbaye de Saint-Calais fut gouvernée successivement par Hugues, qui ne fit que passer, et le vénérable Ebrard, l’un des hommes les plus éminents du XIe siècle. 

Son administration est peu connue ; mais on le voit figurer en diverses circonstances importantes qui témoignent de la haute considération dont il était l’objet. 

L’Abbaye possédait alors des hommes distingués dont les œuvres attestent avec quelle ardeur on y cultivait la poésie et la musique. Les Mémoires du temps, bien que fort incomplets, laissent apercevoir l’état florissant de cet antique Sanctuaire, sous les successeurs du vénérable Ebrard (1106-1234). 

Mais, pendant toute la seconde moitié du XIVe siècle et partie du XVe, les religieux, troubles par les incursions des partis, la fureur des guerres qui écrasaient les populations, avaient perdu, avec les charmes de la solitude, la possession de leurs biens dont ils ne pouvaient plus jouir. 

Ces cruelles épreuves n’étaient encore que le prélude de calamités plus terribles, plus irréparables. Une épouvantable révolution allait tout bouleverser. 

La ville d’Orléans assiégée par les Anglais, pouvait leur ouvrir le passage de la Loire, peut-être même leur faciliter la conquête de la France entière, lorsque Jehanne d’Arc vint délivrer cette place par une victoire importante. L’intervention merveilleuse de cette jeune fille, produit d’une fermentation violente des esprits contre la domination étrangère, en redoublant la confiance et l’enthousiasme de l’armée française, jeta en même temps la consternation parmi les Anglais. 

 

Par toute la France des ordres avaient été transmis pour qu’on mit les villes, les châteaux, en état de défense, ce qui n’empêcha pas l’armée du Duc de Bedford, à son passage à Saint-Calais, de livrer aux flammes la ville et le Monastère (1429) : « Et fust le lieu de Saint-Kales prins et occupe par les Angloys lesquels logerent en laditte Abbaie ou ils furent par bien longtemps

Cependant, il faut l’avouer, les religieux ne furent pas étrangers à ces tristes excès. Voici ce que nous apprend à cet égard, une pièce authentique conservée aux Archives de la ville : 

« La ruyne et desolacion est venue par leur faute, car ils fortiffierent leur Abbaie a double fossez plains de caues, firent faire grosses tours et murailles doubles, ponts-leveis, et, qui pis est, tiendrent party contraire au Roy ; se misdrent en armes contre le chastel dudict lieu et misdrent gens de guerre en ladicte Abbaie pour garnison, qui fust cause de leur destruction. 

« Car, pour raison qu'ils misdrent ladiete Abbaie en fait de hostillite et de guerre, aduint incontinent tant au chastel que en ladicte Abbaie, que par lostinacion dung nome Chappeau, religieux et procureur de ladiete Abbaie, qui faisoit du Cappitaine, elle fust brullee et arse, et est ung commun dit ou pais que par Hostellier et Chappeau fust brulle labbaie et le Chastel. 

« Et depuis de rechief fortifierent ladiete Abbaie, en laquelle entrerent gens de guerre et trouuerent les religieux endormis estans en armes, habilles de harnoys blans, jusques au nombre de cinq entre lesquels estoit ledict Chappeau qui tous furent penduz a leurs harnovs, a la porte dicelle Abbaie."

 

L’existence de l’Abbaye, par suite de ce malheureux événement, se trouva sérieusement compromise. 

L’Église et les autres édifices menaçaient de s’écrouler, les revenus avaient été considérablement diminués ; les métairies dévorées par les flammes, les terres, laissées sans culture, étaient couvertes de bruyères ; en sorte que les religieux se virent réduits à la dernière extrémité. 

« Lesglise et abbaye, disent les Mémoires du temps, qui a este fondee et donee de grans rentes et reuenues, par loccasion des guerres, elles ont este fort diminuees tellement que le temporel ne peut pas suffire pour la substantacion, entretenement des relligieux et reparacion des ediffices et paiement des charges quelle doibt. »

 

Bien qu’il y ait encore près de trois siècles à parcourir, depuis lors jusqu’à la suppression du Monastère, son histoire est à peu près finie. François Ier triomphant des résistances combinées du Clergé, des Parlements et de l’Université, avait mis toutes les Abbayes de France, sous le régime désastreux de la Commende. 

L’abbé ne résidait plus ou résidait rarement. Un Prieur claustral, élu comme autrefois les abbés, gouvernait avec toute l’autorité de ces anciens supérieurs, pour le spirituel et le temporel. Mais, comment administrer avec dignité, quand les plus clairs revenus sont destinés à faire briller à la Cour un gentilhomme, fier de son nom, d’une crosse et d’une mitre ; dédaigneux de ses moines et souvent, n'ayant d'autre mérite que la protection du Roi ou la bienveillance de quelques ministres. 

Tel fut le sort de l’Abbaye de Saint-Calais. 

Nous l’avons suivie jusque vers la fin du XVe siècle, à travers une série de tourmentes à peine interrompues par de rares intervalles de repos. Nous allons la voir entraînée dans des crises plus funestes encore : le fléau des guerres civiles et religieuses, l’incendie ravivant ses blessures encore saignantes. 

 

Les hostilités, un moment suspendues entre les armées régulières, après l’édit d’Amboise, n’avaient point cessé entre les citoyens. La concession faite aux protestants n’était pas assez large pour les satisfaire. Elle n’eut d’autre effet que de leur donner le droit d’être plus exigeants, en même temps qu’elle augmentait l’irritation des Catholiques. 

De là des scènes de violence, des luttes sanglantes et journalières entre les populations de chaque province, de chaque ville ; présages infaillibles d’une nouvelle guerre générale. Des deux côtés, on avait mûri ses plans, on s’était préparé des ressources, pendant le court intervalle de cette paix fiévreuse. 

Les protestants donnèrent le signal ! 

Nous ne suivrons pas ces misérables aux ordres de Joachim Le Vasseur, Seigneur de Cogners, envahissant l’Abbaye de Saint-Calais, la hache au poing, le 8 mai 1562 !

Nous ne retracerons pas davantage, les dévastations, les brigandages qu’ils y commirent : Moines pendus, prêtres égorgés, autels profanés ; les cloîtres, le logis abbatial, livrés aux flammes ; rien ne manqua à cette horrible scène de dévastation et de carnage. 

La « Chronique des Abbés » ne laisse aucun doute sur cet événement : 

« Anno 1562, Calvinistæ monasterium igne consumunt. »

Quand les Huguenots eurent quitté la ville, on s’empressa d’effacer, autant que possible, les traces des honteux désordres qu’ils y avaient commis. 

Dom Antoine des Cartes, alors Prieur claustral, fit tous ses efforts pour rétablir l’exacte observance de la discipline monastique. C’était une œuvre méritoire, mais difficile. Les moines arrachés à leurs paisibles habitudes, durent rapporter, sur les ruines fumantes de leur Monastère, des sentiments peu en harmonie avec la vie qu’ils allaient reprendre. 

Vers le milieu du XVIIe siècle, l’antique Abbaye de Saint-Calais, si souvent éprouvée par le malheur des temps, était tombée dans la plus triste décadence. Il n’y avait plus de lieux réguliers ; les quelques religieux dont se composait la Communauté, vivaient sans règle aucune. Le Cellérier, le Sacristain, le Prieur claustral, se regardant comme bénéficiers d’un riche revenu, laissaient à des supérieurs subalternes, le soin de veiller sur la communauté, pour ne s’occuper eux-mêmes que des commodités de la vie. L’abbé Michel Amelot de Gournay ne put voir, sans douleur, ces maux qui s’étaient enracinés dans son Abbaye. Pour y établir la réforme et faire refleurir la piété, il appela la Congrégation de Saint-Maur, alors dans tout son éclat parce qu’elle était dans toute sa ferveur. Le 4 novembre 1659, il délégua Dom Ignace Philibert, Prieur de Saint-Martin-des-Champs, Vicaire-général de la Congrégation de Cluny, pour y mettre les nouveaux religieux en possession de l’Église et de tout le Monastère. Avec la Réforme, l’Abbaye eut bientôt repris une vie nouvelle. 

C’est à elle qu’elle fut redevable de la plupart des bâtiments qui devaient, un siècle plus tard, tomber tristement sous les coups de la Révolution. 

Le 3 juin 1791, les scellés étaient apposés sur les bâtiments conventuels et sur l’Église abbatiale d’où, pendant tant de siècles, d’humbles religieux, abrités aux pieds des tabernacles, avaient exercé un mystérieux apostolat. 

Enfin, le niveau destructeur qui chaque jour encore, passe et repasse sur nos anciens monuments, invoqua le secours de la pioche : on déracina jusqu’aux fondations, sans y laisser pierre sur pierre. 

Il faut convenir toutefois que, sous le rapport de l’art, nous trouverions ici peu de choses à regretter. L’Abbaye de Saint-Calais, écrasée sous le poids de tant de malheurs, n’avait rien conservé de bien remarquable. 

On avait reconstruit le cloître, des logements pour les étrangers, des cellules et un dortoir pour les religieux ; mais, dans l’exécution de ces travaux de la fin du XVIIe siècle, il n’y avait plus rien de monumental : une architecture froide et sans dignité, avait remplacé les créations du génie, les richesses de l’art. 

 

Un aveu, rendu au Roi le 20 novembre 1629, par l’Abbé Gilles de Souvré, nous apprend que l’Abbaye de Saint-Calais était anciennement « une forteresse (S. Karilephi fanum) auecques fousses a eau tout autour ses remparts et ses murailles flanquées de tours ; et pour la garde dicelluy fort auoit labbe droit de mettre Capitaine et contraindre tous et chascun ses subjects a venir le cas escheant. » 

On sait en effet, qu’au XIVe siècle, bien des Abbayes s’étaient fortifiées, en établissant autour de leur enceinte, une ceinture de murailles ; que quelques-unes avaient même un fort qui pût les protéger, et servir, en cas de danger, de refuge aux religieux.

À Saint-Calais, la grosse tour carrée, au Nord de l’Église abbatiale, ne pouvait être qu’un donjon de la sorte, où nous voyons s’établir la communauté, pendant que l’on réparait les désastres de 1429. 

La clôture de l’Abbaye partait de la rivière, dans la rue du Dauphin, gagnait de là l’Église Collégiale, en formant un angle droit, et se prolongeait le long de la rue des Murs, jusqu’à la maison du Clan. Un fossé profond, défendu par une forte palissade, reliait, de ce point, la muraille à la rivière, à l’entrée du petit Quai. 

Dans ce vaste enclos, où l’on a établi le nouveau quartier de la ville, quelques vestiges de l’Abbaye restent encore de nos jours. 

C’est d’abord le Bâtiment des Hôtes (Cellæ Hospitum), où l’on a resserré l’Hôtel de Ville, le Théâtre, et la Bibliothèque. 

Sur le grand Quai, une Maison dite le Pavillon, servant autrefois aux usages les plus vulgaires. Cette Maison a conservé sa physionomie primitive. La date de sa construction y est exprimée sur une grande pierre, encastrée dans le mur extérieur, au Nord. Sous le millésime « 1676, » sculpté en relief, est un grand écusson d'attente, entouré de deux palmes passées en sautoir. 

Enfin, dans la Grande Cour ou Cour commune (Area communis), un grand corps de bâtiment, s’étendant de la rue des Murs à l’Hôtel de Ville, contenait les logements des gens de service ; des magasins pour les provisions ; le four (horrea et pistura), et les caves du Monastère (Cellæ vinariæ). Ce bâtiment est de la fin du XVIIIe siècle (1760). 

 

LA COLLÉGIALE SAINT-PIERRE

 

L’Église Collégiale Saint-Pierre, située au Nord-Est de l’enclos de l’Abbaye, a été convertie en une habitation privée. Quelle était la valeur esthétique de l’édifice, nul ne peut le dire. Cependant, des ouvertures ogivales avec meneaux encore visibles, au Nord et au Sud de la nef, semblent accuser une construction du XVe siècle. 

L’origine de cette Collégiale remonte à la plus haute antiquité. 

Les Légendes en attribuent la fondation à l’Évêque Saint-Thuribe, dans la quatrième année de sa prélature. 

Le Duc Gajanus ayant abandonné la villa qu’il possédait sur les bords de l’Anille, le saint Évêque, pour gagner des âmes à Dieu, y fit élever un petit Monastère et une Église, en l’honneur de Saint-Pierre et des Apôtres. Il confia la desserte de cette Église à un de ses prêtres, nommé Tyrrus et à des clercs, leur avant enjoint de s’appliquer, en commun, au service de Dieu. 

Près de quatorze siècles se sont écoulés, depuis que l’anachorète Saint-Karileph, aidé des libéralités du Roi Childebert Ier, vint relever de ses propres mains, les ruines de cet édifice qui, au dire de Saint-Siviard, « était d’un beau travail. » 

Le saint Abbé y fût enseveli et son tombeau confié à la garde de quelques Orateurs, jusqu’en 820, que ses restes furent transportés dans une magnifique basilique élevée par l’Abbé Alboin. 

Plus tard, les seigneurs de Saint-Calais fondèrent et dotèrent un Chapitre de Chanoines, dans l’ancienne Église Saint-Pierre. On sait en effet, par la Charte de fondation du château, que ces seigneurs possédaient l’Île Saint-Pierre, et, dans leurs Aveux, ils se disent « fondateurs et patrons » de ce Chapitre. 

La Collégiale se composait d’un Doyen et de six chanoines, à la présentation de l’Évêque du Mans. Le chapitre-général se tenait deux fois l’an : 1° le lendemain « de la feste de la Chère Mons Sainct Pierre; » 2° le « penultiesme jour du moys de Juing. » 

Le voisinage de cette Maison avec l’Abbaye fut pour elle d’an grand avantage, surtout pendant les troubles du XVe siècle. 

Ainsi, lors de la prise de Saint-Calais par les Anglais, nous voyons les chanoines y venir chercher un refuge : "Et au regard desdictz chanoines les aulcuns deulx la plupart se despartirent du lieu et nen demoura que deux ou troys lesquels se logierent et retraiterent en ladicte abaie qui estoit forte et close de murailles et auecques eulx en icelle abbaie retirerent et emporterent plusieurs papiers, lettres, cartes et enseignemens des droictz et reuenues dicelle Esglise Sainct Pierre."

Le Chapitre présentait lui-même à la Sacristie et à trois cures : Sainte-Cérotte, Saint-Gervais-de-Vic et Bessé-sur-Braye. 

Un aveu rendu au Roi, par les chanoines, le 6 avril 1723, nous apprend de quels droits ils jouissaient dans la ville : 

« Auons le dixiesme es marchez de Saint-Kalles avec tous les droictz en dependant, les peages accoustumez auec les étalages des choses vendües et acheptees ez dits marchez. Item, lamende sur ceux qui font deffaut dacquitter deúment auec pouuoir de poursuiure audedans de la Chastellenie de Saint-Kalles et les faire prendre par le sergent. Item, auons toute justice haute, moyenne et basse, sur les délinquants audedans des quatre lieúes de laditte ville de Saint-Kalles et pour faire exploitz ledit marche durant, prenons le sergent de la ville a ce requis par les officiers de la chastellenie. Pour ce faire lui deuons payer quatre deniers. Item auons droit de dixmes et premices quelconques dans letendue de nostre fie et aux Treize-Vents. Ces dixmes appartiennent au Secretain de nostre paroisse auquel elles furent autreffois transportees et delaissees. » 

Le Domaine du Chapitre se composait de dix-sept Bordes, trois Métairies, sur l’une desquelles, Champsallier, ils déclarent, « droict de buissons a conils ; » vignes, noues, prés sur l’Anille et la Braye, courtils, maisons, demi-arpent de pré autour l’Église Saint-Pierre, plusieurs cens dus « la vigille de Noël, » et cinquante-trois septiers de blé-seigle, sur les religieux, abbé et Couvent de Saint-Calais.

Enfin, la Déclaration faite par les Chanoines aux officiers municipaux de la ville, le 23 février 1790, donne le chiffre exact de tous les fonds et revenus de la Mense du chapitre, des six prébendes, de tous les vases sacrés, ornements et autres choses mobilières de leur Église, valant le tout : 6,161 livres 15s 1d. Total net, les charges déduites : 5.262 livres 19s 1.

 

LE PRIEURÉ SAINT-DENIS

 

La ville de Saint-Calais, en outre de son abbaye de Bénédictins et de son antique Collégiale, eut aussi son Prieuré de religieuses Bénédictines.

Ce Monastère, sous le patronage de Saint-Denis-Aréopagite, date de la première moitié du XVIIe siècle. 

Les Syndics de la ville « convaincus que l’institution de plusieurs religieux tant de l’un que de l’autre sexe, fauorise ordinairement les villes, » signaient, le 2 avril 1639, la « Remonstrance très humble des habitans de Saint-Calles à Monseigneur le Reuerend Euesque du Mans, » pour lui exposer « combien il etoit a propos dauoir audit Saint-Calles un Conuent de dames religieuses benedictines, et partant supplioient humblement sa reuerence dincliner aux desirs desdits habitans. »

Les lettres d’érection canonique, données par l’Évêque Emery Marc de La Ferté, sont du 12 août 1641. Il déclare, par ces lettres, « obtemperer aux desirs des Syndics et habitans de Saint-Calles; veu le contract du don fait par noble damoyselle Marie Massue, du dixiesme jour de may mil six cens trente-six, et le consentement du Seigneur duc de Vandosme, comme Seigneur temporel dudit Saint-Calles, en datte du neufiesme may mil six cens trente-neuf, à la charge par lesdittes religieuses, de viure selon les règles pratiques de Saint-Benoist, de celebrer et solemniser le seruice diuin avec chant et psalmodie et de garder la closture perpétuelle, sous sa correction, visite et discipline. » 

Par contrat du 10 mai 1636, noble Damoiselle Marie Massue, donnait pour fondation et dotation 336 livres de rente foncière, amortissable à la somme de 6,000 livres en principal, après son décès. Elle meublait en outre le nouveau monastère, de meubles jusqu’à la concurrence de 1,000 livres, à la condition de jouir, sa vie durant, « des honneurs qui sont deus et apartienent à une fondatrice. » 

La clôture commença en 1643, sous la direction de Madame Madeleine Le Mareschal, Prieure perpétuelle, et se continua jusqu’en 1782, époque de la suppression de l’Etablissement, dont les biens furent réunis au Couvent des Dames Bénédictines de Saint-Joseph d’Evron.[9]

La dernière Prieure perpétuelle, Jehanne-Henriette du Hardas d’Hauteville, était inhumée dans le cimetière de l’Hospice de Saint-Calais, le 1 avril 1785, à l’âge de 83 ans. 

 

Le Collège de la Ville de Saint-Calais, reconstitué le 4 Octobre 1614, par l’Abbé Samuel de Caurienne, en faveur d’un prêtre à la nomination des habitants, et autorisé, sous le titre de « Pédagogie, » par lettres patentes du mois de mars 1784, vérifiées au Parlement le 25 Janvier suivant, occupe, depuis 1783, les bâtiments de l’ancien Prieuré Saint-Denis. 

L’Évêque du Mans, François-Gaspard de Jouffroy de Gonssans, qui avait transféré cet Etablissement, de la rue de la Croix de Fer, dans la Maison des Religieuses Bénédictines, y unit en 1788, les biens des Camaldules Saint-Gilles de Bessé. 

 

 

L'ÉGLISE NOTRE-DAME

 

À l’honneur de la Royne et Dame
Vierge et Mere de Dieu Marie,
Refuge de Salut a l’asme
Ceste Église fust accomplie.
Chrestiens ne soyez negligents
À ladicte Église et Chapelles ;
Mais corageux et diligents
À l’entretenement d’icelles.

(Ancienne Inscription du XVe s.)

 

L’Église Notre-Dame, bâtie sur un plan régulier, au pied de la colline, est entourée au Midi, par une petite place qui était autrefois le cimetière. 

Elle se compose de trois nefs, d’un chœur à chevet droit et d’une tour très hardie avec flèche de pierre. Le chœur et les trois premières travées de la nef, appartiennent au style ogival du XVe siècle. Peut-être même cette partie de l’édifice est-elle un produit des largesses de Jehan de Bueil, Seigneur de Saint-Calais. 

Son Écu, sommé d’une Couronne de Comte, se voit dans le chœur et dans la nef, ayant pour supports les deux Anges adoptés par cette illustre Maison. 

Les arcades de ces travées reposent sur des colonnes octogones, à chapiteaux peu saillants, ornés de feuillages et de figures fantastiques. 

Les voûtes de pierre sont évidemment de la même époque. Des rosaces et quelques Écussons d’attente, ornent, à leur point de jonction, les arceaux de forme prismatique. Le chevet est percé d’une grande fenêtre ogivale à plusieurs baies, ornée au sommet, de nombreux compartiments rayonnants. Le vitrail dont elle est meublée, est moderne. Sans doute, il n’offre point l’éclat dont brillaient aux XIIe et XIIIe siècles, les productions de ce genre ; cette inimitable vivacité de coloris, cette profusion de nuances si harmonieusement fondues, que chaque jour nous admirons dans nos grandes cathédrales. Mais, pour être plus modeste, il n’en mérite pas moins l’attention. 

Le dégagement de cette belle fenêtre, murée en 1788, est dû aux soins éclairés de M. l’abbé Joseph Chanteloup, Curé-Doyen et Archiprêtre de Saint-Calais (1870). 

Les trois dernières travées des nefs et la belle façade de l’Ouest, datent de la première moitié du XVIe siècle (1540). Le point de jonction des deux constructions, est très visible, à l’intérieur surtout. Cette addition de la Renaissance, est accusée par des colonnes circulaires à chapiteaux ornés de volutes, de larges fenêtres sans divisions de pierre, les arceaux ramifiés des voûtes et d’élégants pendentifs appliqués à chaque point de leur intersection. La tour, comme l’Église, accuse deux époques bien distinctes. La base appartient au XVe siècle. Elle se termine par une plate-forme surmontée d’une jolie flèche de pierre à pans nombreux, avec arrêtes hérissées de crosses végétales. Cette belle flèche du XVIIe siècle, est l’œuvre d’un habile ouvrier du pays, Gilles d’Orléans, « maistre maçon, tailleur de pierres, » qui faisait marché avec les procureurs fabriciers de Notre-Dame, pour « paracheuer la montee de laditte tour, moyennant la somme de 700 livres, et tous les materiaux nécessaires fournis par lesdits procureurs. »

Pierre Mousseron, autre maçon de la ville, avait été adjoint au premier, « pour l’aider à la confection dudit œuvre. » 

Il est à regretter que la base de cette tour coupe, à l’intérieur, le collatéral de droite et rompe ainsi la régularité des nefs. 

La grande façade de l’Ouest se distingue par un luxe d’ornementation de bon goût. 

Un trumeau divise le portail principal en deux ouvertures cintrées, dont les contours sont accompagnés d’une élégante archivolte formée de feuillages et de fruits. Les portes, exécutées à une époque plus moderne, n’attirent pas moins l’attention du visiteur. Sur les deux vantaux de droite, l’artiste a représenté « la Visitation » et « l’Assomption » de la Vierge. Sur ceux de gauche, on reconnaît aisément « le Message de l’Ange Gabriel, » à Marie, pour lui annoncer l’incarnation du Verbe, et « l’Immaculée Conception, » présentée aux sens d’une manière expressive et modeste à la fois : Deux personnages debout, Joachim et Anne, se tiennent chastement embrassés. 

L’exécution de ces divers sujets, est l’œuvre de « Maistre Guillaume Le Houx, » dont le nom est indiqué au sommet de chaque vantail, par les sigles : « M. G. L. H., » dans un petit écusson qu’on peut blasonner : « D’argent à la tige de hour de sinople mise en pal. » 

Le gâble de la façade est percé d’une rosace à meneaux rayonnants, servant de cadran à l’horloge. Cette horloge, œuvre de « Guillaume Pelard, Me horlogier de la ville du Mans, » date de l’an 1613. Le timbre, composé primitivement de huit appeaux (sic), sonnait « l’Inviolata, » avant chaque heure. Heureuse conception qui, jour et nuit, faisait résonner les louanges de Marie, sur le temple qui lui est consacré. Des réparations urgentes ont fait supprimer de nos jours, par économie, le curieux mécanisme de « Pelard. » L’heure sonne encore pour la ville ; mais pour la Vierge, l’airain ne dit plus sa prière !

On ne doit pas moins regretter le magnifique parvis construit en hémicycle de 1623 à 1625, et qui embrassait, dans son vaste développement, toute la grande façade de l’Ouest (19 m.). Des exigences d’alignement l’ont fait démolir, il y a un demi-siècle à peine, et remplacer par l’escalier rétréci et mesquin que l’on voit aujourd’hui. 

 

À l’intérieur de l’Église, on remarque : le tabernacle de bois doré du grand autel, fait en 1643. Il est orné de six grands sujets sculptés représentant : la Cène, la Résurrection, l’Ascension, la Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, l’Assomption de la Vierge et son Couronnement par les Trois personnes Divines. 

Dans le chœur, une toile de grande dimension représentant le Christ en Croix. Ce tableau, d’une remarquable exécution, provient de l’Église des camaldules Saint-Gilles de Bessé. Il est signé Le Barbier (Jehan-Baptiste-François), avec la date de 1766. 

Dans le sanctuaire, au-dessous d’une grande fenêtre, à gauche de l’autel, la châsse de bois doré, renfermant les restes de Saint-Calais. 

Enfin, l’Orgue, digne de figurer dans une Église classée au second rang des monuments religieux. Sa forme élégante rappelle celui de la chapelle royale du château de Versailles. Des figures sculptées et divers ornements d’une bonne exécution, décorent le buffet qui repose sur une tribune, bordée d’une rampe de fer ouvragé et soutenue par six colonnes de marbre noir.

Le grand orgue présente trois tourelles, renfermant chacune, cinq tuyaux de huit pieds en montre, entre lesquelles sont deux plates-faces de onze tuyaux. Le positif, proportionné au grand orgue, offre également trois tourelles et deux plates-faces. Ce bel orgue, formé, en 1792, de celui de l’Église Notre-Dame, construit en 1600, et de celui de l’Abbaye, exécuté un demi-siècle plus tard, par un des religieux, est un huit pieds ouvert, ayant trois claviers de cinquante-quatre touches, d’ut en fa, et un clavier de pédales séparées de dix-huit touches, également d’ut en fa. Le clavier de récit, a cornet, bourdon, flûte, voix humaine et place réservée pour un hautbois. Une boîte d’expression y est adaptée, fonctionnant par une pédale particulière. La soufflerie, placée sous les sommiers, dans le corps même du buffet, se compose de deux pompes mises en mouvement par une seule bascule, et alimente un réservoir horizontal avec une abondance telle, que l’on peut jouer tous les jeux ensemble, sans éprouver la moindre altération. 

 

La grille et les portes de fer, autour du chœur, ont été exécutées de 1730 à 1737, par François Ribot, « Maître serreurier de Saint-Callais. » 

Les ornements, « Christ, fleurs de lys relevées en bosse, écusson et vases avec leurs flammes,» sont de Pierre Chevallier, « Maître figuriste au Mans. » Ces ornements, « plus un liuret d’or emploié à dorer les trois fleurs de lys de la Croix, écusson et autres, » coûtèrent à la Fabrique, « cent dix-sept liures dix sols. » 

Michel Morice, Seigneur de la Bouverie, Bourgeois de la ville, fournit, « a ses frais et despens, sept cens soixante-dix liures de fert carre, entrés dans les pillastres, portes de fert couronnement, le tout place a lentree du cœur (sic). »

La Chapelle Notre-Dame-du-Rosaire, date de la fin du XVIe siècle. 

La mort de Frère Jehan Girard, licentié en droit Canon, Vicaire Religieux de l’Abbé de Saint-Calais et Curé de Notre-Dame, ayant laissé cette chapelle inachevée, la continuation en fut ordonnée « par laduis du général des habitans, par Congregation generale faicte le dimanche 22e januier 1617. » La direction des travaux fut confiée à « Gervaise Billot, Me Masson à Saint-Callais[14] et Jehan Croiseau, Me Cherpentier, pour les cintres, garnitures, etc., parfaites à la voulte de laditte chappelle. »

 

Les Monuments de l’architecture civile, au moyen-âge, sont rares à Saint-Calais, par suite des démolitions ou des restaurations qui les rangent parmi les constructions modernes. 

Nous citerons d’abord les fortifications qui entouraient la ville indépendamment de celles du château.

Un acte d’Assemblée « des habitans et manans de Saint-Kalles, » en date du 2 juillet 1575, nous apprend que lesdits habitants,"appres auoir confere ensemblement des affaires de laditte ville, pour promptement diligenter la closture dicelle, ont este daduis que les deniers des taxes et impostz mis et esgallez sur tous lesdictz manans et paroissiens, soient conuertiz et employez de jour en jour a mesure quen resserreront en la closture et fortificaon de laditte ville tant en murailles que fossez". Considérant en outre « le grand bien qu’ils ont receu et recepuent jour-nellement desdictes clostures et pour lesquelles mesmes considérions et autres quils preuoient a auenir, pour remedier ausquelles et expulser les compaignyes de gens de guerre vacabondes (sic) par les champs du royaulme, ont semblablement este dadais, pour plus facilement recouurer deniers pour paracheuer ladite closture, veulent, consentent et accordent la vendition de deux pièces de terre, seituees au-dessus de la Fuye, dependant de la fabrice de leur Esglise, et le prix de la vente estre mis ez mains de Jehan Le Maignen, Md Bourgeoys de la ville, pour en disposer pour les affaires de la Communauté. »

C’est au moyen de cette aliénation, jointe aux « deniers des taxes et impôts, » que les habitants de Saint-Calais purent élever leurs fortifications, de manière à former une enceinte continue, flanquée, de distance en distance, de tours dont quelques-unes sont encore debout. 

À la date du fer mars 1680, droit était accordé aux propriétaires des terrains longeant les murailles, d’ouvrir des portes sur les fossés, « lesdittes murailles ayant este construites sur les fonds de leurs prédécesseurs. »

 

Cinq portes principales donnaient accès dans la ville : elles ont toutes disparu.

La Porte de Paris servait de communication entre le château et la ville. 

La plus importante était celle du Guichet. Elle se composait d’un gros pavillon percé d’une ouverture ogivale, pour le passage des voitures, et d’une petite porte pour les gens de pied. Ce pavillon était flanqué de deux tours de défense circulaires, et d’un bâtiment servant de Corps de Garde. 

Dans la partie des murailles, à l’Est, s’ouvrait une arche dite des Ripes, destinée au passage d’un ruisseau, qui traverse le jardin du Collège. Deux tours défendaient cette arche. 

 

La ville de Saint-Calais, possédait, dès le XIVe siècle, une Maison-Dieu destinée « a coucher et héberger tous les pauvres mendians passans et repassans qui y vouloient loger. » 

Cet établissement de charité dont les biens avaient été annexés, en 1326, à l’Église Notre-Dame, par Guy de Laval, Évêque du Mans, fut uni à l’Hospice actuel, par Lettres-patentes de 1685. 

Un arrêt du Conseil du 21 janvier 1695, accordait à cet Hospice, fondé en 1656 par l’abbé René Le Sueur, les fonds de la Maladrerie Saint-Marc, affectés d’abord à la Commanderie du Mans, de l’Ordre de Saint-Lazare.

Enfin, au siècle suivant, les chapelles de Sainte-Apolline-du-Château et de Saint-Jehan-de-Courlieu, estimées chacune 130 livres furent encore réunies à l’Hospice, l’une, à la date du 8 avril 1723, l’autre, le 10 juin 1773.

La chapelle de la Maison, sous le vocable de Saint-Joseph, et les deux grandes salles destinées aux malades, datent du 5 février 1714. Cette chapelle, éclairée par quatre grandes fenêtres, sans caractère, n’offre rien de remarquable. La bénédiction en fut faite, avec grande solennité, le 13 mars 1716, par Frère Bertrand Gaubert, Prieur claustral de l’Abbaye. 

Quelques années plus tard, le cimetière de l’Hospice, supprimé de nos jours, était bénit le 31 mars 1725, par Messire René Guelon, gradué en l’Université d’Angers, ancien titulaire de la chapelle Sainte-Apolline et Curé de la ville. Le Parvis actuel en remplace un plus ancien, construit en 1717, et que des exigences d’alignement ont forcé de démolir, comme celui de l’Église Notre-Dame, à cause d’un trop vaste développement. 

 

Les anciennes Maisons de la ville encore subsistantes, remontent la plupart au XVIe siècle. 

C’est d’abord la Maison des Poitevins, place de l’Église, à l’angle de la rue du Dauphin ; façade de la Renaissance, remaniée avec soin. Taxée, envers l’Église Notre-Dame, à « deux pintes de vin au jour et feste de Pasques. » Habitée au XVIe siècle, par René, Etienne et Jehau les Poitevin, Bourgeois de Saint-Calais ; et, en 1618, par M. René Bourré. 

À l’entrée de la rue du Bourgneuf, n° 6, autre façade de la Renaissance, également retouchée de nos jours ; ancien logis de la famille Ligneul. 

Dans la Grand’rue, la Maison du Barillet, n° 9; Tourelle octogone, servant de niche à un bel escalier de pierre; habités anciennement par la Famille Symon : Mathurin, Seigneur de Conillon, en était propriétaire en novembre 1618. Les maisons n° 11, 27 et 56. 

Cette dernière, située à l’angle de la rue d’Orgère, en remontant vers le Nord, est citée dans un aveu de l’Abbaye, rendu au Roi le 20 novembre 1629, par Messire Gilles de Souvré, abbé commendataire : « En laditte Grande rue, il y a deux maisons et petits bastimens derriere, sur la rue dorgere, et quelque peu de jardin, qui tiennent de la seigneurie des Mesengeres. » 

On sait en effet que les religieuses, Abbesse et Couvent de Bonlieu, près Château du-Loir, avaient délaissé par échange à feu Guillaume de Villiers, chevalier, Seigneur des Mésengères « Ung fie quelles avoient aud. S. Callais et que iceluy fie leur avoit este donne par feu Geoffroy, Vicomte de Chasteaudun, du consentement de Clemence sa femme, Comtesse de Blois, en l’an 1230. » 

Ce fief se composait des maisons n° 56, et la cession faite par les religieuses de Bonlieu, est mentionnée dans une Déclaration en date du 20 septembre 1480. 

La Grand’Maison, dite Maison du Mauconseil, dans la rue de la Herse, à l’angle de la rue d’Orgère; ancien logis du XVIe siècle, où s’exerçaient la juridiction et les droits féodaux de la Châtellenie; petites fenêtres géminées, façade du Midi; grandes fenêtres avec croix de pierre, au Nord (détruites de nos jours); habitée, au XVIIe siècle, par les héritiers de Me Jehan Aubert, Seigneur du Chesne, ancien Bailly de Bessé; chargée, envers l’Église paroissiale «dun septier de vin chascun dimanche. » 

Tout près de la ville, au sommet du côteau qui domine la rive droite de l’Anille, on remarque l’ancien Manoir de Manteaux, simple ferme aujourd’hui. 

La façade primitive de ce manoir du XVIe siècle, était remarquable par ses grandes fenêtres à croisillons, surmontées de lucarnes à frontons aigus, et garnies de grillages de fer en saillie ; enfin par ses entre-colombages garnis de briques. 

Tout cela a disparu de nos jours ! 

De l’ancien logis seigneurial, il ne reste plus qu’une grosse tour circulaire, dans laquelle il y a deux chambres à feu superposées, où rien n’a été remanié : grandes cheminées à hottes élevées ; écussons d’attente ; fenêtres géminées ; ferrures des volets de fenêtre et des portes tailladées à jour, posées sur fond de drap rouge. 

Derrière le logis, un pavillon carré, fait de brique, autrefois en communication avec la chapelle, maintenant détruite. Le Manoir de Manteaux, chef-lieu, par territoire d’emprunt, du fief du nom, situé paroisse d’Evaillé, doit avoir été élevé par Siméon Le Jeune, chevalier Seigneur de Connival, Vallennes, Lussault, etc. ; Lieutenant-général d’artillerie, sous le Maréchal d’Estrées, chevalier de l’Ordre du Roi, Bailly et Capitaine de Saint-Calais. 

Françoise Le Jeune, fille de Siméon et Jehanne Tiercelin, porta par alliance, vers 1588, le fief de Manteaux, à Gilbert de Louviers, chevalier Seigneur de Saint-Méry, Bois-Poussin, Malvoisine, etc. 

En 1677, ce fief passa à Messire Louis Philippes, Écuyer, Seigneur de Pont, Conseiller du Roi et de son Altesse le Duc de Vendôme, Lieutenant-général, juge ordinaire, civil et criminel au Siège de Saint-Calais, fils et héritier de Christophe Philippes et Elisabeth de Saint-Méloir. 

De la Maison Philippes, Manteaux passa à Melchior Villain, Écuyer, Trésorier de France à Tours, marié à Thérèse Philippes. 

Johan Villain, son fils, Écuyer, Seigneur de la Tabaise, Trésorier de France, Lieutenant-général, civil, criminel et de police en la Sénéchaussée et siège royal de Saint-Calais, en était propriétaire, le 3 février 1751.

Sur le versant du côteau, où se dresse l’ancien Manoir de Manteaux, existe une petite chapelle moderne, fondée au VIIIe siècle, au milieu d’un cimetière rural, par Saint-Siviard. 

Quelle distance de cette pauvre chapelle sans style, avec la grande chapelle Saint-Sébastien, détruite il y a quarante ans environ !

L’abbé de Saint-Calais y prenait exclusivement « toutes dismes et premisses, » et chaque année, une procession solennelle, réunie ensuite à celle des Rameaux, s’y faisait le 1er mars, époque de la mort du saint fondateur. 

 

Avant de quitter Saint-Calais, mentionnons encore la découverte d’une sépulture antique du plus haut intérêt. 

Des déblais considérables exécutés, en 1843, dans un champ au Nord de la ville, connu sous le nom de champ des Fourneaux, ont amené cette découverte. 

Les ouvriers, en fouillant le sol, ne tardèrent pas à rencontrer plusieurs petites fosses voutées en forme de four, et contenant la plupart des cendres et du charbon. 

Dans une de ces fosses, d’un mètre environ de profondeur, se trouvaient couchés, à côté l’un de l’autre, deux squelettes l’un d’homme, l’autre de femme, de 20 à 25 ans. 

Entre les squelettes, gisaient sur le sol :

1° une petite Croix d’argent creuse et à arrêtes émoussées ; les branches ornées d’une grecque et de rosaces gravées à la pointe, encadrant, d’un côté, le monogramme du Christ, et, de l’autre, celui de la Vierge ; 

2° une Clé de fer profondément entamée par la rouille. (Planche II.) 

Ça et là, dans ce même champ, ont été recueillies plusieurs monnaies royales de la seconde Dynastie Franke ; 3 de Charlemagne ; 5 de Louis-le-Débonnaire ; 10 de Charles II, le Chauve, dont trois frappées à Orléans et une à Auxerre, et 1 obole, frappée à Noyon (Novium)."